Blood Seasons ferme ses portes.

I won't let you go (+) Sullivan Izao

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Sam 4 Fév - 21:03
i won't let you go

tomorrow is another day and you won’t have to hide away. you’ll be a man, boy. but for now it’s time to run.

Enfermé dans sa chambre depuis plusieurs jours, Artur ne savait plus quoi faire. Il ne savait plus quoi faire, mais il ne savait plus non plus quel jour il était ni qui il était vraiment. Il avait délaissé son travail, ne répondant pas aux appels sur son téléphone. Il avait délaissé ses amis, ne répondant pas à la porte de son logement quand ils y frappaient. Il faisait comme s'il n'était pas là. Comme s'il n'existait plus dans ce monde où il pensait avoir trop souffert. Mais était-ce juste ? Était-ce vraiment juste par rapport aux personnages qui souffraient depuis bien plus longtemps que lui ? Il ne possédait plus qu'une seule envie en cet instant : celle de se frapper la tête contre les murs. Néanmoins, qu'est-ce que cela changerait ? Peut-être qu'au moins en se concentrant sur une blessure physique, il oublierait celle psychologique qui sévissait au fond de son être depuis près d'un mois désormais.
Le russo-japonais n'avait plus envie de rien. Il abandonnait toute forme de nourriture ou de lavage. Il ne s'était pas changé depuis quatre ou cinq jours, toujours vêtu d'un vieux pyjama délavé qui possédait son odeur, son souvenir. Oui, parce que c'était elle qui lui avait acheté pour l'un de ses anniversaires. Cela pouvait sembler peu, mais au sein de l'Héritage, ces pièces-là étaient si chères... Mais Haya avait voulu faire plaisir à son homme, quoi de plus normal ? Haya... Artur saisit sa tête entre ses mains, tirant presque sur ses cheveux bien accrochés sur son crâne. Haya n'était plus là et, pour ne pas être seule, elle avait emporté leur fils, à peine né de quelques minutes. Comment faire ? Comment vivre en sachant qu'il n'y avait plus personne à faire sourire chaque jour ? Le tatoueur était au fond du gouffre et, dans l'immédiat, il ne voyait même pas une quelconque solution de s'en extraire.
Allongé sur le lit conjugal à la place de sa défunte femme, son corps se recroquevilla, prenant une position fœtale qui rappelait celle de son fils dans le ventre de la jeune femme. Artur avait beau faire n'importe quoi, tout revenait aux mêmes personnes, à la même perte. Il n'avait pas été digne d'elle. C'était Kun qui avait raison depuis le début : Artur ne méritait pas Haya. Il n'avait pas su la retenir, pas su lui donner assez d'amour pour la retenir auprès de lui. Elle était partie si vite... Et lui demeurait là, pauvre pantin désarticulé, à se morfondre, à pleurer toutes les larmes de son corps, à se blâmer et se détester plus que jamais. Mais qu'aurait-il pu faire de plus ? Était-il possible d'aimer plus fort encore ? Une rage soudaine croissait dans son âme, peu à peu elle se frayait un chemin jusqu'à lui pour lui souffler de tout balayer sur son passage.
Artur n'était plus que l'ombre de lui-même mais s'en moquait ouvertement. Il finit néanmoins par s'asseoir sur le lit, donnant un énième coup de poing dans le mur. Il se redressa, quitta le lit et sa première colère fut de dévaster les chaises qui traînaient non loin de là. Il les écarta de son passage, en jeta une à l'autre bout de cette chambre cubique. Aveuglé par cette haine, cette rage violente, il visa une prochaine proie qui n'était rien d'autre qu'un cadre photo, de Haya et de lui. Ces visages souriants, si heureux et plein de vie, il ne pouvait plus les voir. Il éclata le cadre contre le même mur avant de se laisser glisser contre, attrapant la photographie entre les morceaux de verre.

« Pardonne-moi... »

Et les larmes dévalèrent une nouvelle fois ses joues. De grosses larmes qui ne cessaient de couler depuis maintenant un mois. Il pressait l'image contre son torse, se moquant bien de la légère entaille qu'il s'était faite à la main. Il pleurait en silence, ses jambes amaigries ramenées contre son torse. Il ignorait que, de l'autre côté du mur, son ami Izao s'inquiétait pour lui d'entendre autant de raffut dans sa chambre. Du moins, il l'ignorait jusqu'à ce qu'il entend frapper. Sauf qu'il ne répondit pas. Il ne répondit pas parce qu'il savait que d'ici quelques minutes, las de ne pas avoir de réponse, le visiteur inattendu partirait.

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Dim 5 Fév - 23:50


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Artur & Izao




Don't even think about running away.


Les jours s’écoulaient dans un mutisme fiévreux, insupportable. Izao avait beau tenter de l’ignorer –s’y obliger- il en était incapable : il y avait toujours cette ambiance indescriptible qui régnait autour de lui, ce sentiment diffus qui pesait au fond de sa gorge. Sentiment inconnu, inopiné et intolérable. Sentiment qu’il ne comprenait pas ; qu’il acceptait encore moins. Le jeune homme s’était jeté à corps perdu dans le travail, occupant la majeure partie de ses journées avec ses recherches ; recherches qui, à l’image de son état d’esprit agité, n’aboutissaient à rien. Il laissa retomber mollement le stylo qu’il tenait en main, fatigué. Cela ne servait à rien. Peu importe le nombre de fois où il essayait de se changer les idées, celles-ci revenaient toujours au même point. Il ne pouvait s’empêcher de penser à ce qui était survenu quelque temps auparavant. Rejetant la tête en arrière, il se laissa tomber de tout son poids contre le dossier de son fauteuil, ferma les yeux. La scène était gravée dans sa mémoire ; il n’arrivait à s’en défaire. II n’arrivait à l’effacer. C’était comme un de ces films rouillés sur lesquels il avait l’habitude de travailler ; le support, défectueux, repassait une seule et même scène en boucle ; erronée. Tout cela était arrivé très vite : peut-être trop. Izao avait appris la nouvelle dans l’heure, était arrivé à l’hôpital aussi vite qu’il l’avait pu. C’était à cet instant qu’il l’avait vu. Que cela fut sur son visage ou dans son regard...la moindre parcelle de son être semblait crier une douleur sans nom. Cela l’avait pris au dépourvu, déstabilisé. Jusqu’à lors, le printanier avait toujours ignoré qu’il pouvait exister en ce monde, en cette « réalité », de telles émotions. Emotions qui lui échappaient totalement. Cela faisait déjà un mois, mais ces souvenirs le hantaient sans relâche, à la manière de vieux fantômes que rien ne semblait pouvoir exorciser. Il soupira. C’était absurde. Futile. Pourquoi devait-il se préoccuper de telles choses ? Cela ne le concernait pourtant en rien –ou du moins essayait-il de s’en convaincre.
Il n’avait pas revu Artur depuis. Celui-ci avait cessé de montrer tout signe de vie. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir tenté, à plusieurs reprises déjà, de lui rendre visite. Et quand bien même Izao tentait d’y montrer un certain détachement, il subsistait toujours cette petite voix, insidieuse, dans un coin reculé de sa tête ; cette voix qui chuchotait en continue des idées ridicules, mièvres, mais des idées qui prenaient chaque jour un peu plus d’ampleur, l’empêchant de se concentrer sur autre chose. Il essayait pourtant de la contrer, se martelant le crâne d’autres pensées, sans succès. Car constamment, lorsqu’il se trouvait chez lui –précisément- cette pensée l’obsédait. La seule chose qui le séparait d’Artur, physiquement, n’était qu’un mur. Mentalement, ils semblaient pourtant être séparés par deux univers tout entiers.
Le vacarme qu’il entendit dans la pièce adjacente à la sienne le fit sursauter, le tirant de ses pensées. Il n’y avait aucun doute sur la provenance de ce bruit, et encore moins sur son origine. Izao se mordit la lèvre inférieure, rageusement. Ce n’était pas son problème. Ce n’était définitivement pas son problème. Il le savait. Parfaitement, même. Mais c’était plus fort que lui. A chaque nouvelle effusion de violence qu’il pouvait percevoir de l’autre côté du mur, il sentait son corps se tendre nerveusement. C’était automatique. Instinctif. Et cela le rendait fou. Le jeune homme se leva de son fauteuil, décidé. Les choses ne pouvaient plus continuer de la sorte. Il fallait qu’il y mette un terme. Maintenant.
Ce fut tout juste s’il prit le temps de refermer la porte de son appartement derrière lui, se précipitant à celle qui se trouvait un mètre plus loin. Artur était là. Il ne pouvait plus jouer les absents indéfiniment. Il fallait qu’il se ressaisisse au plus vite ; cette situation mettait Izao extrêmement mal à l’aise –et, à la fois, d’une humeur massacrante. Il toqua à la porte de son « ami », énergiquement. Cette fois-ci, il était bien déterminé à ce qu’il lui ouvre. « Ouvre cette porte. Ouvre cette porte, Artur. Tout de suite. » Sa voix était ferme ; plus qu’elle ne l’avait jamais été auparavant. Le masque qu’il portait se fendait sensiblement. Izao n’était plus d’humeur à jouer, plus d’humeur à feindre : il était pris sur le vif, par des sentiments qu’il ne contrôlait pas. Le jeune homme n’était plus dans un acte, mais bel est bien dans un fait, spontané. Et à cet instant précis, il voulait simplement qu’Artur lui ouvre cette fichue porte. Après avoir toqué une nouvelle fois, il reprit la parole. « Je te laisse dix secondes. Pas une de plus. Et si cette porte n’est pas ouverte à dix, je m’en occuperai moi même. » Il attendit un petit moment avant de reprendre. « Et je suis sérieux, Artur. » Le printanier prit une profonde inspiration, bras croisés contre la poitrine. C’était une chance qu’il n’y avait personne pour le surprendre faire une telle scène. Bien que cela fut la véritable nature de son caractère, Izao détestait perdre son sang froid. Mais si le jeune homme ne se décidait pas à lui ouvrir, il avait la ferme intention de défoncer la porte. « Un... » Il commença à compter, mâchoire serrée.




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Dim 19 Fév - 11:48
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Qu'est-ce qu'il en avait bien à faire ? Izao était comme tous les autres. Il finirait par se lasser et par s'en aller. Défoncer sa porte ? Artur ne pensait pas qu'il serait capable de le faire. Comment expliquer cela aux supérieurs pour la réparer ensuite ? Non, vraiment, le russo-japonais se moquait bien des propos de son ami - même s'il était le seul à lui avoir parlé à travers le bois. Aucun autre curieux ne s'était directement adressé à lui. Mais, en y réfléchissant bien, Izao était son voisin de chambre alors sans doute l'avait-il entendu faire exploser sa colère...
Artur abandonna son regard sur les dégâts qu'il avait causé dans cette petite pièce restreinte et qui sentait le renfermé. Rageusement, il essuya les larmes qui glissaient le long de ses joues, entendant le décompte débuté par son camarade de l'autre côté de la porte. Était-il vraiment sérieux, alors ? Artur ne possédait-il plus le choix que de le faire entrer dans cet endroit aussi pitoyable qu'il ne l'était lui-même ?

« Va-t'en Izao ! cria-t-il de tout son saoul. Va-t'en. »

Au moins, il lui avait répondu. Au moins, il savait qu'il était là et qu'il n'était pas encore mort. C'était ça qu'il était venu chercher, non ? Il serait rassuré et pourrait reprendre le cours de sa petite vie sans plus se préoccuper du printanier qui gisait dans son malheur. Il n'avait pas envie de le faire entrer. Il avait honte de lui montrer que lui aussi était perturbé dans son esprit. C'était bien la dernière chose qu'il aurait voulu au monde. Il n'en avait pas besoin.
Il croyait donc qu'Izao s'en irait, tournerait les talons et irait travailler sur ses recherches, pourtant le décompte se poursuivait. Quatre, cinq, six, sept... A dix, il balancerait son pied contre la porte et pénétrerait dans la chambre d'Artur et de Haya. Au fond, au tréfonds même de son âme, il ne souhaitait pas que son ami arrive chez lui de cette manière. Izao était un camarade que le tatoueur appréciait avec sincérité et il ne méritait pas de se faire traiter aussi mal. Haya n'aurait certainement pas approuvé. Il soupira, posa la photographie sur le lit et enjamba de ses pieds nus les morceaux de verre éparpillés ça et là sur le sol.

« Ne défonce pas la porte, je vais t'ouvrir. »

Sa main agrippée sur la poignée, il hésitait pourtant encore à laisser entrer son voisin. Il n'avait rien à lui offrir sinon son état de souffrance dont il avait tristement honte. Mais il connaissait Izao et savait très bien qu'il ne renonçait pas si facilement quand on lui disait non. Artur avait toujours trouvé que cela était une qualité dans certaines circonstances, d'être un peu entêté, mais sur ce coup-là, il ne possédait plus du tout la même pensée.
Debout derrière la porte, il fit tourner sa clef dans la serrure si lentement que cela parut durer des minutes et des minutes entières. Oui, il allait le faire rentrer chez lui, mais c'était loin d'être de gaieté de cœur. Doucement, il entrebâilla la porte, juste assez pour que la mince silhouette d'Izao puisse venir ; pour qu'aucun regard curieux qui passait par là ne puisse se poser de questions sur la situation qui arrivait.
Artur passa une main dans ses cheveux sales, emmêlés, tira un peu sur son tee-shirt de pyjama pour ne pas paraître trop débraillé ; mais c'étaient de vain efforts - il n'était pas idiot à ce point. Il referma la porte à la suite de son ami, laissant ainsi quelques secondes à celui-ci pour se rendre compte de l'ambiance brisée qui régnait dans la chambre carrée. Le tatoueur demeura le dos collée à la porte fermée, peu fier et n'osant pas tout à fait lever le visage vers son invité. Était-il nécessaire de lui dire de faire attention où il posait les pieds ? Le malaise s'installa.

« Je ne suis pas sûr que c'est une bonne idée, que tu sois là » lâcha-t-il simplement dans un murmure.


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Mar 21 Fév - 19:36


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Artur & Izao




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Il y eut peu de temps avant qu’un bruit ne lui parvienne de derrière la porte. Artur aurait beau tenter de faire comme s’il ne se trouvait pas ici, cela était peine perdue ; il devait très certainement le savoir. Il pouvait tenter de berner les autres, mais certainement pas lui. Lorsque le printanier lui cria de s’en aller, Izao ne cligna pas même des yeux. Il s’était vaguement attendu à une telle réaction de la part du jeune homme, et il ne comptait pas revenir sur sa déclaration. En cet instant, il était on ne peut plus sérieux. Il se moquait éperdument de ce qu’aurait pu en penser le système, s’il venait vraiment à défoncer cette porte. Il aurait juste suffit de dire qu’il s’était inquiété pour son ami qui –personne ici ne pouvait le nier- était dans une condition critique suite au décès de sa femme. Personne ne pouvait douter de ses bonnes intentions. Ignorant volontairement les paroles du tatoueur, il continua son décompte. « Six ... plus que quatre secondes, Artur. Sept ... » Izao attendait d’atteindre le dix pour forcer cette malheureuse planche de bois à s’ouvrir. Son irritation ne s’était pas estompée –pire, elle montait crescendo- et il comptait bien laisser toute forme de retenue au placard. Son « ami » avait clairement besoin d’être secoué.
Celui-ci se décida enfin à lui ouvrir, alors que son compteur venait de passer le dernier chiffre. C’était déjà un semblant de victoire, mais le cinématographe s’interdisait de penser qu’il en avait fini avec toute cette histoire. Il cru attendre une éternité qu’Artur actionne le mécanisme de la serrure pour le faire entrer. Izao se mordit la lèvre tout en se promettant de ne pas céder à son exaspération. Il avait déjà franchi une ligne significative, et il ne pouvait se permettre de s’enfoncer davantage dans les méandres de sa véritable personnalité. Un excès de violence n’aurait arrangé en rien la situation. Le printanier se faufila à travers la porte entrebâillée. Clairement, son « ami » montrait une réticence à laisser entrer la moindre personne : à peine venait-il de rentrer dans la pièce qu’Artur venait de refermer derrière lui. Ses yeux mirent quelques secondes à s’habituer à la semi-pénombre de la chambre, alors qu’une odeur étouffante assaillait ses narines. L’espace ravagé qu’il avait sous les yeux le laissa perplexe. Etait-ce bien des bouts de verre, cet éclat qu’il pouvait apercevoir sur le sol, devant lui ? Les chaises renversées, le lit défait, les objets brisés...était-ce réellement l’œuvre du jeune homme ? En se tournant vers celui-ci –en posant les yeux sur lui- il réalisa que cette pièce ne faisait que refléter l’état d’esprit de celui qui l’habitait. Il était ravagé. Et ce, bien plus qu’il n’avait pu l’imaginer. Collé contre la porte, il fixait le sol, évitant son regard. Vêtu d’un vieux pyjama, les cheveux en désordre, il ne semblait être plus que l’ombre de lui-même. Izao ne le reconnaissait plus. Il croisa les bras contre son torse et soupira faiblement. Lui non plus, n’était pas sûr que cela soit une bonne idée. Il ne comprenait d’ailleurs toujours pas ce qu’il faisait ici, à se préoccuper pour cette personne. Il s’avança jusqu’au tatoueur et le prit au menton, le forçant à relever la tête pour le regarder. Lui aussi, avait besoin de se confronter à la réalité. Il avait besoin de comprendre. Ce visage amaigri et submergé par la douleur le frappa. Izao savait que l’émotion qui lui tordait subitement le ventre n’était pas de la pitié. Il ne pouvait regarder ni Artur ni son appartement avec ces yeux là. C’était quelque chose qu’il n’était pas sûr de connaître réellement. Quelque chose qu’il voulait oublier. Mais plus que tout, devant l’état de son « ami », ce qu’éprouvait clairement Izao était de l’incompréhension. Pouvait-on souffrir à ce point ? Sa conception du monde ne permettait pas une telle chose. Elle ne permettait pas une telle situation. Si Artur avait aimé Haya, pourquoi ne l’avait-il pas suivi ? Pourquoi n’avait-il pas choisi d’embrasser une fin digne, à la place de se laisser dépérir de la sorte ? Pourquoi continuer de vivre sans réellement le faire alors qu’il n’avait plus de but, plus d’envie ?... Izao ne comprenait pas. En cet instant, il s’agissait bien des questions qui lui brûlaient les lèvres. Mais le tatoueur n’avait pas besoin de les entendre. Et, quelque part, au fond de lui, il ne voulait pas le voir mourir : une envie bien farouche à laquelle il s’empêchait de penser.
Il lui relâcha le menton, puis posa pudiquement une main sur son épaule. Pour l’instant, il s’était décidé à ne rien dire. « Premièrement, va prendre un douche. Je suis sûr que cela aidera à te détendre un peu. »  Le ton de sa voix était redevenu calme, neutre de toute émotion. Lui-même était incapable de mettre un nom sur ce qu’il éprouvait en cet instant. Son regard se reporta sur le reste de la pièce ; il devait remettre un semblant d’ordre à ce champ de bataille, cela lui paraissait devenir dangereux. « Je reste ici. On parlera après. » rajouta-t-il en se remontant les manches. Puis, il se dirigea vers l’endroit où le verre brisé parsemait le sol pour le ramasser. Il ne manquait plus qu’Artur se fasse mal en marchant dessus...





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Mar 28 Fév - 21:51
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tomorrow is another day and you won’t have to hide away. you’ll be a man, boy. but for now it’s time to run.

Il lui avait la porte, l'avait refermé et était demeuré planté là, comme un enfant qui attendait de se faire taper sur les doigts. Que pouvait-il faire ? Que pouvait-il bien dire ? Artur était perdu, perdu de la tête aux pieds, perdu dans son appartement, dans sa petite vie trop étriquée. Il était fatigué, abusé de tout et sans le moindre désir de se relever. Jamais auparavant il ne s'était retrouvé dans un tel état ; en même temps, quoi de pire aurait-il bien pu lui arriver ? Rien. Rien de chez rien. Il avait perdu sa femme, son fils et le cours de sa vie.
Il n'osait même pas levé le visage vers Izao qui avait eu tout le loisir nécessaire pour contempler la catastrophe. Les chaises renversés, le verre brisé, la photo à moitié déchirée... son âme éreintée. Le russo-japonais n'était plus que l'ombre de lui-même et ignorait de quelle manière lancer une quelconque conversation. En ayant fait entrer son ami chez lui, cela était déjà une manière de lui raconter son mal-être. Il n'avait pas besoin d'en ajouter. Il attendait donc que son ami fasse quelque chose, dise quelque chose. Le laps de temps qui s'écoula lui parut durer une éternité.
Et puis il bougea. Izao vint vers lui après avoir soupiré et se saisit de son menton pour le forcer à ce qu'Artur lève les yeux vers les siens. Ce dernier avait encore honte. Il avait terriblement honte de ce qu'il pouvait offrir à son camarade. Uniquement de la peine, de la souffrance. Il aurait voulu se détourner, au moins cesser de le fixer ainsi...

« Me détendre... » murmura-t-il, avançant de quelques pas.

Il ne savait pas s'il était encore capable de le faire, mais il sut qu'il n'avait pas vraiment le choix là-dessus. Il n'y avait aucune émotion dans ce qu'Izao venait de lui jeter à la figure et des larmes montèrent dans les yeux du russo-japonais. Il les essuya d'un geste rageur avant même qu'elles n'aient eu le loisir de couler sur ses joues et se rua dans la salle de douche. Il ne réfléchit pas à ses actes pour se glisser sous l'eau chaude qui dévala son corps. Cette chaleur l'enivra tout entier, mais il ne saurait pas dire si la sensation que cela lui procurait était bonne ou mauvaise.
Artur rinça rapidement ses cheveux, se sécha et enfila un jean noir, un vieux pull de la même couleur dont il retroussa les manches toujours trop longues sur ses avants-bras et ne prit pas la peine de sécher complètement ses cheveux blonds. Mu d'une certaine timidité, il revint sur la pointe des pieds dans la pièce principale.

« Izao ? Izao... je suis tellement désolé » dit-il en venant vers lui.

En jetant un regard autour de lui, il se rendit compte que son invité avait remis un peu d'ordre dans cet appartement qui ne demandait que ça. Le cadre était brisé, mais la photographie était toujours là. Elle serait toujours là, incrustée dans son esprit.

« Pourquoi est-ce que tu es venu me voir ? l'interrogea-t-il. Je n'ai pas eu de visite depuis... longtemps. »

Ou disons surtout qu'il n'avait pas ouvert sa porte depuis bien longtemps.

Et lui, et Artur, pourquoi est-ce qu'il avait décidé de faire entrer Izao alors qu'aucun autre n'en avait eu le droit jusqu'à présent ? C'était une question bien compliquée...
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Jeu 2 Mar - 0:20


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Artur & Izao




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Artur était complètement perdu. Ses yeux semblaient complètement éteints. Izao venait même à se demander si, quelque part dans ce corps affaibli, subsistait encore une étincelle de vie. Et dire qu’il était encore si joyeux, quelque temps auparavant...le contraste était plus que brutal. Ce genre d’événement pouvait donc changer un être à ce point ? C’était un véritable mystère pour le cinématographe. Ces mots semblèrent secouer son ami qui se décida à gagner la salle de bain. Il s’autorisa une maigre satisfaction. Au moins, il n’aurait pas à le traîner sous la douche. Il poussa un nouveau soupir, s’occupant de ramasser les éclats de verre qu’il porta à la poubelle. Bien, c’était au moins une bonne chose de faite. Certainement devrait-il passer l’aspirateur pour s’assurer d’avoir parfaitement tout enlevé, mais ce n’était pas le plus urgent pour l’instant. Avec hésitation, il porta son regard sur la pièce ravagée. Par quoi pouvait-il continuer ? Quelque peu indécis, il commença à redresser les chaises renversées, ramasser les objets éparpillés sur le sol et arranger quelques affaires, les remettant à une place qui semblait à peu près convenir avec les souvenirs qu’il avait de cet appartement. En s’occupant de faire le lit, Izao tomba sur une photo légèrement abîmée. En la contemplant, il la lia sans grand mal avec le cadre brisé qu’il venait de ramasser au pied du lit. Des visages souriants : Haya et Artur. Relique du souvenir de sa défunte femme ; la trace d’une relation qui s’était tragiquement terminée. D’un amour qui, visiblement, n’apportait plus que de la souffrance au jeune tatoueur. En la regardant ainsi, il avait comme la subite envie de la déchirer et de la jeter. A quoi bon garder ce genre de chose ? Cela ne ferait certainement que faire souffrir Artur : pourquoi la gardait-il ? Il se remémora son regard vide. C’était à cause de cela, à cause de ses souvenirs. Il grinça des dents. Il aurait aimé l’aider en jetant cette stupide photo. Il savait cependant qu’il n’en avait pas le droit. Son ami la rangerait certainement de lui-même lorsqu’il s’en serait remis –tout au moins s’il parvenait à s’en remettre. Ainsi donc, il avait reposé le cliché sur la commode près du lit, bien en évidence.
Il ne réalisa le retour d’Artur que lorsque celui-ci lui adressa la parole. Il avait déjà meilleure mine, même si son aspect cadavérique subsistait. Izao regarda ses cheveux mouillés, fronça les sourcils. L’appartement était glacial, il allait certainement prendre froid à se balader dans cet état. Et il doutait fort qu’un rhume améliore d’une quelconque façon la condition du jeune homme. Rapidement, il alla chercher une serviette dans la salle de bain qu’il posa sur sa tête. « Arrête de t’excuser et sèche un peu tes cheveux avec ça, il ne manquerait plus que tu finisses malade » Le ton de sa voix était assez dur. Dans cette situation, il ne savait trop comment réagir. Porter son masque candide le fatiguait. Il n’était pas venu pour s’apitoyer sur le sort du tatoueur, mais bien pour lui remettre les idées en place. Pour cela, il avait besoin d’être ferme. Avec nonchalance, il prit place sur l’une des chaises, posant son regard obscur sur lui. « La question serait plutôt de savoir pourquoi tu m’as laissé te voir. Tu sais bien que ce n’est pas la première fois que j’ai « essayé » de venir ici, Artur » répondit-il assez durement. Il évitait cependant de répondre à sa question, la contournant pas une autre. Lui même ne savait réellement ce pourquoi il était ici. S’il suffisait simplement de montrer un tant soit peu de conviction pour que son ami accepte de le laisser entrer, cela aurait été fait depuis un petit moment. Il laissa cependant cette question en suspens. A quoi bon s’interroger sur des choses inutiles ? En cet instant présent, il n’y avait que les faits qui avaient de l’importance. Et le fait était qu’il se trouvait ici, dans son appartement, assis sur l’une de ses chaises, à lui parler.
L’expression de son visage se fit un peu plus douce. Il avait du mal à l’accepter, mais il était visiblement ici pour tenter de lui remonter un minimum le moral. Il prit une grande inspiration avant de parler. « Je ne te mentirais pas en disant que je sais ce que tu traverses ou ce que tu peux ressentir. Je n’en sais absolument rien et je ne le saurais certainement jamais » Il était sincère. Il ne savait pas. Il ne comprenait pas. Et peut-être qu’il ne voulait ni savoir, ni comprendre. Il était dépourvu de toute empathie. Izao le regardait encore, ne souhaitant pas qu’il se dérobe à sa vue. « ...cependant, tu n’es pas le seul à avoir perdu ta famille » Cette phrase lui était venue naturellement, de façon spontanée. Le cinématographe ne souhaitait pas faire étalage de son passé, ni même insinuer la moindre chose. C’était encore un fait. Lui aussi, avait perdu sa famille : on la lui avait arraché. Il n’en avait cependant tiré aucune tristesse. Il avait simplement ressentit...il ne savait plus. C’était un véritable mystère ; ainsi donc, il ne pouvait pas comprendre ce que vivait Artur. Mais, malgré tout, il y avait quelque chose qu’il avait voulu entendre, à la suite de cette perte. Quelque chose qu’on ne lui avait jamais dit. Quelque chose qui ne lui serait jamais dite. Il le savait.
Après avoir baissé le regard un court instant, pensif, il le releva, le regardant droit dans les yeux. « Tu n’es pas tout seul, Artur » laissa-t-il finalement échapper, un air douloureux voilant son visage. Il ne savait même pas pourquoi il lui disait cela ; ou du moins ne voulait-il pas le reconnaître. Peut-être l’appréciait-il plus qu’il ne le pensait.




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Dim 5 Mar - 18:09
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Depuis combien de temps était-il devenu aussi terne ? Aussi fatigué ? Cela était si soudain qu'il avait l'impression que sa faiblesse prenait le pas sur tout le reste. Les moindres remarques d'Izao le dérangeait. Il se sentait étouffé, trop bousculé par son ami qui, pourtant, il se doutait, était là pour lui rendre un semblant de vie. Alors il ne bougea pas, il se laissa faire quand le garçon partit dans sa salle de bain pour récupérer une serviette et la déposer sur sa tête pour qu'il se sèche un peu mieux les cheveux. S'il agissait de cette manière, c'était sûrement pour une bonne raison, n'est-ce pas ? Bien qu'un petit rhume était très loin d'inquiéter le russo-japonais.
A son tour, Artur vint s'installer sur une chaise, celle juste à côté de son ami. Tandis qu'il frictionnait sa chevelure blonde, il entendit les paroles tranchantes venant de son camarade. Oui, pourquoi ? Pourquoi est-ce qu'il avait bien voulu lui ouvrir la porte ? Pourquoi à cet instant ? Izao était certainement venu frapper des jours auparavant, mais jamais il n'aurait bougé. D'ailleurs, il n'aurait jamais ouvert à personne. Sauf aujourd'hui. Sauf en entendant la voix de son interlocuteur.

« Je n'en sais rien... Je ne sais pas pourquoi je t'ai ouvert ma porte. »

Le tatoueur n'avait même pas fait attention au fait qu'il n'avait lui-même pas répondu à sa question. Cependant, le ton d'Izao le refréna dans ses propres paroles, choisissant de se taire plutôt qu'ajouter des mots qu'il ne pensait pas. Se justifier ne lui servirait à rien en cet instant. Plutôt, il tint le regard insistant de son invité, car le détourner c'était ne pas prendre conscience de ses actes. Artur pouvait avoir tous les défauts du monde, jamais il ne voulait être une personne lâche... Et c'était réussie, non ?
Ses cheveux ayant cessé de goutter, le blondinet mit sa serviette sur le dossier de sa chaise pour acquiescer aux mots de son ami. Non, jamais il ne pourrait le comprendre. Jamais il n'aurait cette douleur lancinante qui lui bloquait la respiration, lui étouffait la poitrine plus que jamais. Jamais Izao ne saurait ce qu'était la perte d'une femme et d'un enfant. Jamais il ne saurait, ne pourrait, n'aurait... rien de tout cela. Mais il possédait d'autres peines, une autre histoire qui était loin d'être facile aussi.
Izao la lâcha, cette bombe. Artur n'était pas le seul à avoir perdu sa famille puisque son ami était aussi dans ce cas, dans une configuration un peu différente de la sienne néanmoins.

« Oui, mais... »

Il se tut de lui-même, la bouche pincée, ses mains triturant nerveusement ses doigts l'une l'autre. Oui, mais quoi ? "Ce n'est pas pareil, Izao. Ce n'est pas pareil du tout." Malgré qu'il ne soit pas tout seul, d'après son camarade, Artur se moquait bien de tout ceci.

« Je n'ai besoin de personne, Izao, finit-il par lui asséner. Personne ne peut rien faire pour moi. ça finira par passer et, alors, je sortirais de l'appartement. J'ai... j'ai pris rendez-vous chez un psychologue, la semaine prochaine », lui avoua-t-il.

Artur se releva, rangea rapidement sa serviette et sortit un verre d'eau pour chacun. C'était tout ce qu'il pouvait lui offrir de potable s'il ne comptait pas quitter son logement tout de suite. Dans ses vêtements trop grands pour lui, avec sa mine abattue et ses cernes qui lui barraient le visage, Artur revint s'asseoir près de lui, défaitiste et ne possédant plus la moindre envie de se justifier de quoi que ce soit.

« ça passera, reprit-il, merci d'être venu me voir. »

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Jeu 9 Mar - 0:10


I won't let you go
Artur & Izao




Don't even think about running away.


Artur se décida enfin à prendre place sur une chaise, face à lui, puis se sécha finalement les cheveux. Izao le regardait d’un œil attentif, presque sévère. Il lisait plus que clairement dans son attitude, ses gestes las. Sa présence ne l’enchantait certainement pas –ce qu’il pouvait comprendre- mais, pire, elle semblait presque l’indifférer. Izao retint l’irritation qui lui faisait serrer la mâchoire. Pourquoi perdait-il son temps avec lui, déjà ? Il était partagé entre deux émotions radicalement opposées, contradictoires. Il se moquait bien du tatoueur...mais était néanmoins préoccupé par sa situation.
Cela ne l’étonna même pas lorsqu’il entendit sa réponse. Il ne savait pas. Soit. Après tout, il avait lui-même choisit de ne pas formuler de propos à ce sujet. Néanmoins, il venait presque à penser que cette rencontre ne menait à rien : aucun des deux ne semblaient réellement savoir pourquoi ils en étaient venus à se retrouver dans cette situation. Il passa une main dans ses cheveux gris, les rejetant vers l’arrière alors qu’il laissait cette pensée de côté. Cela ne servait à rien de se prendre la tête pour ce genre de chose ; les faits étaient là, véridiques : il était venu et Artur l’avait laissé entrer. Fin de l’histoire. Pas la peine de s’embarrasser avec plus de questions.
Tant bien que mal, le jeune homme tenait son regard. C’était déjà un bon début : Izao était déjà capable de voir une évolution depuis qu’il lui avait ouvert sa porte. Son regard était toujours aussi ravagé, mais il parvenait malgré tout à y lire un éclat de lucidité. Artur était peut-être capable de remonter la pente, après tout. A peine le cinématographe avait-il lâche ces dernières paroles qu’il le vit réagir. Il attendit la suite de sa phrase, en vain. Peut-être la connaissait-il déjà. Cela n’avait rien à voir, aucun rapport. C’était « différent ». C’était différent, en effet. Mais, quelque part, il subsistait malgré tout une part de similitude. Infime, oui. Mais néanmoins réelle. Si on ne prenait que la donne, le résultat était le même : ils s’étaient retrouvés seuls, tous les deux. Izao se mordit la lèvre. A vrai dire, il avait envie d’appuyer sur ce point, jeter de l’huile sur le feu. Clairement, ce sujet sensible faisait réagir le tatoueur, ce qui était sûrement pour le mieux. Depuis combien de temps n’avait-il pas parlé avec quelqu’un comme il pouvait être en train de le faire avec lui ?
Izao l’écouta parler un bref instant puis afficha un air dubitatif. Il n’avait besoin de personne mais comptait voir un psychologue ? Les choses finiraient par passer ? Il ne comprenait pas ce qui pouvait lui passer par la tête. D’aussi loin qu’il pouvait le connaître, Artur n’était pas le genre de personne a pouvoir suivre son chemin seul ; certainement avait il une partie solitaire en lui –tout le monde en disposait- mais cela ne touchait pas à sa nature. Izao le savait très bien. Il suffisait juste de voir l’état dans lequel il se trouvait pour le comprendre. « Vraiment ? Pourquoi veux-tu aller voir un psychologue si tu n’as pas besoin des autres ? » lui demanda-t-il, le regardant droit dans les yeux. Il se sentait irrité. Les psychologues ne servaient absolument à rien : il était le mieux placé pour le savoir. Ils n’étaient que les chiens du système, surveillant les éléments potentiellement « divergents » de l’Héritage. Rien de plus. Certes, cela était peut-être un début pour l’inciter à sortir de chez lui. Mais malgré tout...cela allait-il réellement mener à quelque chose ?
Il accepta le verre d’eau qui lui offrit d’un bref hochement de tête. Il ne se sentait pas réellement d’humeur à se montrer conciliant. L’entêtement d’Artur à refuser en bloc sa présence avait le don de l’agacer. Il porta une main blême à son verre, ses doigts l’entourant avec force avant qu’il ne le porte à sa bouche pour en boire une gorgée. Après cela, il reposa les yeux sur son ami. « Cela passera ? » répéta-t-il, haussant un sourcil. Il avait du mal à le croire. Vraiment. « Honnêtement, ce n’est pas ce qui me viendrait à l’esprit, en regardant l’état dans lequel tu te trouves. Sans parler de ton appartement » Les mots étaient durs. Peut-être trop. Cependant, il ne supportait pas de le voir dans un tel état de déni. Peut-être même qu’il ne supportait pas le voir parler si légèrement de la mort de sa femme. Ça passera. Non. Cela ne passerait pas. On pouvait faire le deuil, on pouvait s’en remettre. Mais, malgré tout, cela ne « passait pas ». Artur en était sûrement conscient, lui aussi. Izao tenta de se calmer, réalisant qu’il était peut-être trop dur avec lui. A sa façon, il tentait de l’aider –même si sa méthode n’était certainement pas la bonne. Le cinématographe n’avait jamais été véritablement à l’aise lorsqu’il s’agissait de parler de ses propres émotions. « Je ne suis pas parvenu à rentrer ici pour repartir de sitôt, Artur » commenta-t-il, croisant les bras contre sa poitrine. En le regardant encore, il fronça les sourcils. Son visage avait nettement maigri depuis leur dernière rencontre. Avait-il pris le temps de se nourrir un minimum, au moins ? « Tu peux me dire à quand remonte ton dernier repas ? » lui demanda-t-il, soucieux d’entendre sa réponse.




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Sam 18 Mar - 23:09
i won't let you go

tomorrow is another day and you won’t have to hide away. you’ll be a man, boy. but for now it’s time to run.

Parce qu'il me reste encore, peut-être, un brin de lucidité, Izao. Peut-être est-ce parce que je souhaite me relever sans même pourtant m'en douter ? Peut-être est-ce parce que je sais que ce n'est pas en demeurant chez moi, enfermé ici, à ressasser tous les souvenirs qui m'habitent, que je vais aller mieux. Peut-être est-ce pour ces raisons, Izao, que j'ai décidé de quitter mon appartement pour prendre rendez-vous avec un psychologue. C'est peut-être aussi parce que je me dis qu'il se doit d'être impartial et qu'il ne me connait pas - pas encore. Pour toutes ces raisons qui, il me semble, me permettent encore d'être en accord avec moi-même, qui me prouvent que je n'ai pas tout à fait perdu la tête. Pourtant, je suis certain de ne pas en être bien loin, de perdre la tête, la raison et l'âme qui semble survivre là-dedans, dans les tréfonds de mon cœur.

Mais les mots ne quittaient pas sa gorge. Le tatoueur était dans l'incapacité morbide de pouvoir asséner une telle tirade à son interlocuteur, alors il s'était contenté de le fixer et de hausser les épaules. Non pas qu'il n'eut rien à répondre, juste qu'il n'en était pas capable. Il savait pourtant que c'était important que cela sorte, qu'Izao le prendrait sans nul doute pour un adolescent de quinze ans qui faisait sa crise. Sauf qu'Artur n'était pas un adolescent et que cette crise ne risquait pas de n'être que passagère. Si ? Il préféra boire une gorgée du verre d'eau qu'il venait de servir pour ne pas avoir à se triturer davantage les méninges sur ce point.
Fatigué et las de l'échange qui se prolongeait avec son invité, le tatoueur décida d'abattre cartes sur table en proclamant que son état finirait par passer. Néanmoins, il n'avait pas bien mesurer l'étendue de ses propos car son camarade réagit avec une certaine virulence qui le fit se tasser sur sa chaise, mal à l'aise.

« Que veux-tu savoir de plus, Izao ? Rien ne peut qualifier la démence quand elle s'est installée », dit-il le regard dans le vague, les mains entourées sur son verre.

Et Artur était loin de se douter combien ses propos pouvaient trouver une résonance chez son ami. Ils se connaissaient depuis des années, étaient de bons amis, avaient même eu une aventure d'un soir ensemble, mais, pourtant, Izao ne faisait que lui mentir depuis le début sans qu'il ne s'en aperçoive. La démence n'était qu'à porté de doigt, de soi. Enfermés six pieds sous terre dans un tas de ferraille, déjà, les conditions étaient relativement bien réunies pour que tout disjoncte dans l'esprit de quelques-uns des membres de l'Héritage.
Le russo-japonais soupira, passa une main dans ses cheveux encore très légèrement humides. Son attention revint se déposer sur Izao, en face de lui. Celui-ci ne comptait pas s'en aller sans avoir obtenu des réponses à ses questions et, très vite, il abattit la première qui posait déjà un gros ennui à Artur. Il voulut compter sur ses doigts, mais il se perdit assez vite dans ses calculs. Un vrai repas, ou bien grignoter quelque chose ? Ses placards ne contenaient plus grand-chose...

« Je vais bien, lâcha-t-il plus catégorie mais moins convaincu qu'il ne l'aurait souhaité, si c'est le sens caché derrière ta question, je vais bien. »

Au début, il avait mangé un peu, de temps en temps, et puis les étagères s'étaient vidées et son estomac avec. Cela ne l'avait pas ennuyé plus que cela, cloîtré dans son mal-être. Naturellement, il aurait du quitter sa chambre pour se ravitailler, mais, tout aussi naturellement pour lui, il ne l'avait pas fait. Peut-être lui restait-il une vieille conserve en train de rouiller sous l'évier.
Il finit par se relever, ne tenant pas en place sur la chaise inconfortable. Artur vint saisir un coin de la photographie dont il avait brisé le cadre quelques instants plus tôt. Dos à Izao, c'était bien plus simple pour sentir des larmes lui brûler la rétine.

« Ils sont morts, Izao. Ma femme et mon fils sont morts. Je les ai perdu à tout jamais et la seule chose que je suis capable de faire c'est de pleurer tous les jours à m'en arracher la gorge et l'âme. Ils sont morts. Ils sont morts et moi, moi... Moi je suis toujours là ! » ragea-t-il.

Ses mains s'étaient refermées en deux poings rageurs dont l'un ne tarda pas à rejoindre le mur qui se trouvait en face de lui. Rien ne serait plus jamais pareil.
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Lun 20 Mar - 20:57


I won't let you go
Artur & Izao




Don't even think about running away.


Il ne lui répondit pas. Evidemment. Cela l’énerva, encore. Il était venu jusqu’ici pour faire bouger les choses, avoir –peut-être – l’occasion de le sortir de l’abîme dans lequel il s’enfermait. Et, devant ses question, il n’obtenait pas de réponses. Cela le frustrait. Enormément. Il n’était pas venu pour gérer ce genre de problèmes ; il n’en était pas capable. Venir ici, voir Artur, était contraire à sa nature. Contraire à ses aspirations. Il n’avait même pas à l’écouter, certainement pas à l’aider. Et pourtant, il s’efforçait de le faire. Il était ici, dans son appartement, assis face à lui. A sa manière, il essayait d’instaurer un dialogue. N’y parvenait pas.
Izao fronça les sourcils lorsqu’il daigna finalement lui répondre. La démence ? De quelle démence parlait-il ? Son état ? Se pensait-il dément ? Fou ? Il retint le sourire amer qui lui venait aux lèvres. Non. Artur était simplement désespéré ; c’était différent. La chose qui ne tournait pas rond, la chose qui n’allait pas, qui était tordue, insupportable, démente, était belle et bien cette réalité. Ce monde dans lequel il était condamné à vivre. Et il y avait bien quelque chose pour la qualifier : un cauchemar. Un songe dans lequel ils étaient piégés. Mais qui, sensiblement, était amené à disparaître. A se fissurer. Se briser. Être détruit. Et en cet instant, alors qu’il posait les yeux sur lui, il était capable de l’affirmer avec certitude : Artur ne se trouvait pas dans cette « réalité ». Il affrontait, en quelque sorte, son propre cauchemar. Y était enfermé. Ce pourquoi le cinématographe était bien décidé à le réveiller.
Il soupira quand il entendit lui dire qu’il allait bien. Comment pouvait-il encore chercher à nier la vérité ? Il avait beau tenter de lui mentir, il discernait sans grand mal ce qu’il en était réellement. Ne se connaissaient-ils pas depuis un bon bout de temps ? Si Izao ne lui avait jamais laissé entrevoir que la partie visible de sa personnalité double, ce n’était pas le cas de son ami. Il ne pouvait pas le traiter comme un inconnu. Pas lui. Et certainement pas maintenant qu’il s’était donné la peine de venir jusqu’ici. Le cinématographe le regarda se lever en silence, ne sachant même pas quoi lui dire. Les mots ne semblaient même plus l’atteindre. Néanmoins, lorsqu’il l’entendit lui parler, de dos, il ne pouvait que saisir sa tristesse. Il ne la comprenait pas ; ne la partageait pas. Pas tout à fait. Mais il la sentait, omniprésente, palpable. Il souffrait du manque qu’avait laissé Haya. Il souffrait de la perte de l’être qu’il aimait. L’image d’une femme en larmes passa furtivement dans son esprit. Elle aussi, lui avait tenu ces propos. Elle aussi, c’était noyé dans sa douleur. Il n’avait pas compris. Il en avait été incapable. Et à présent, elle semblait lui avoir retiré tous les droits de le faire. Izao passa une main dans ses cheveux, perturbé. Ce n’était définitivement pas à lui de s’occuper de cela. Il ne pouvait pas donner à Artur ce dont il avait besoin. En cet instant, il se surprit même à penser à Satoshi ; qu’importait l’endroit où pouvait être cet abrutit, il aurait certainement été plus qualifié pour gérer une telle situation.
Lentement, il décida à se lever. « Ce mur ne t’a rien fait. Cela ne sert à rien de t’acharner sur lui » Et c’était lui qui disait une telle chose. Le jeune homme s’avança vers lui, restant pourtant dans son dos. Certainement était-il en train de pleurer en cet instant et ne voulait pas être vu. Au moins se contentait-il de respecter cela. « Ils sont morts et ils ne reviendront pas, en effet. Et tu auras beau pleurer tout le reste de ta vie, rien ni personne ne pourra jamais te les rendre » répondit-il doucement. Les mots d’Izao, encore une fois, étaient durs. Peut-être allaient-ils le blesser –sûrement. Mais ce n’était pas leur but. « Mais la vie ne s’arrête pas pour autant. Si tu es encore là, Artur, c’est qu’il y a bel et bien une raison. C’est qu’il y a encore quelque chose. » Izao ne savait même plus s’il pensait ce qu’il disait. Depuis qu’il entrait ici, il ne savait plus quel était son véritable visage. Il se perdait. « Personne ne te demande de les oublier. » Il se décida à se placer face à lui, le regardant dans les yeux. « Mais je peux t’affirmer que Haya n’aurait jamais souhaité te voir dans un tel état. Elle n’aurait jamais voulu voir l’homme qu’elle a aimé se détruire de la sorte » Il fronça les sourcils. C’était la vérité. Il avait suffisamment connu la jeune femme pour pouvoir lui dire cela. Il lui retira la photocopie des mains pour la placer juste devant les yeux du tatoueur, obstruant son champ de vision. « Alors tu as deux choix, Artur. Soit tu décides d’abréger tes souffrances et de les rejoindre une bonne fois pour toutes plutôt que de te laisser dépérir dans un tel état, soit tu décides de continuer à vivre pour eux qui n’auront plus jamais l’occasion de le faire. Tu peux décider de sortir d’ici, te reprendre en main, et de continuer à avancer. Mais si ce choix est trop difficile, tu n’as qu’à opter pour la facilité. Personne ne te le reprochera » ajouta-t-il, fermement. Izao lui redonna la photo, le fixant de ses yeux aussi sombres qu’un gouffre sans fond. « Mais dans ce cas, saches qu’il n’y aura plus personne pour se souvenir d’eux » Personne ne se souciait des morts, à l’instar du fait que personne ne se souciait des ses parents. De tout l’Héritage, il était certainement le seul à conserver, partiellement, leurs souvenirs.
Les gens « normaux » auraient sûrement étaient horrifiés par ce que venait de dire Izao. Ne lui avait-il pas, explicitement, suggérer le suicide ? Le cinématographe se moquait des codes, de la bienséance. Il lui était insupportable de le voir dans cet état végétatif, à mi-chemin entre la vie et la mort. Il fallait qu’il choisisse ; aujourd’hui même.




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